Le carnet

Le carnet de l'alphabétologie

L'alphabétologie est un champ de recherche : elle met une hypothèse à l'épreuve. Ce carnet raconte, en mots simples, ce que l'on sait de l'histoire des lettres, et comment nous travaillons. Les billets ne portent que sur des faits établis et sourcés.


  1. Vingt-huit lettres, dix-huit dessins : le secret des points arabes. L'alphabet arabe compte vingt-huit lettres ; si l'on efface tous les points, il ne reste que dix-huit dessins différents (en position isolée ou finale). Quand des scribes ont voulu écrire l'arabe, ils ont pris l'écriture des Nabatéens, qui écrivaient en araméen : vingt-deux lettres pour une langue qui distingue vingt-huit consonnes. La solution est d'une grande économie : un petit nombre de formes de base, le rasm (« le tracé »), distinguées par des points, l'iʿjām. Bāʾ, tāʾ et thāʾ ont un seul corps ; un, deux ou trois points font la différence. Les premiers documents arabes datés, au VIIᵉ siècle, portent déjà quelques points, encore facultatifs. À retenir : pour voir ce que l'arabe a hérité, effacez les points ; pour voir ce qu'il a inventé, regardez-les. Sources : L. Nehmé 2010 ; M. van Putten 2023 ; I. Bursi 2018.

2. Namāra, 328 : de l'arabe écrit en lettres nabatéennes. Le 7 décembre 328, à Namāra, à l'est du Jabal Druze, on grave l'épitaphe d'Imruʾ al-Qays, un roi arabe ; la pierre est aujourd'hui au Louvre. La langue est l'arabe ; l'écriture est encore le nabatéen tardif, et même la date est écrite avec des chiffres nabatéens. Deux siècles plus tard, à Zabad (512) ou à Ḥarrān (568), l'écriture elle-même est devenue arabe. Les spécialistes, avec Laïla Nehmé, distinguent le nabatéo-arabe (IIIᵉ-Vᵉ siècle), puis le paléo-arabe (VIᵉ siècle). À retenir : l'écriture arabe n'est pas née d'une décision ; elle est sortie, lettre après lettre, de la cursive nabatéenne. Sources : L. Nehmé 2010 ; base DiCoNab (Nehmé, Rossi et Salvador 2025, en accès libre).


3. Abjad, hawwaz, ḥuṭṭī : une comptine qui garde l'ordre de Tyr. Les écoliers arabes apprennent aujourd'hui leurs lettres dans l'ordre hijāʾī, qui range ensemble les lettres de même forme. Mais l'arabe a gardé un autre ordre, réservé aux nombres, l'abjad, retenu par une comptine de mots sans sens : abjad, hawwaz, ḥuṭṭī, kalaman, saʿfaṣ, qarashat, thakhadh, ḍaẓagh. Les six premiers mots suivent, presque sans changement, l'ordre des vingt-deux lettres de l'alphabet phénicien : aleph, beth, gimel, daleth… Les deux derniers rangent à la fin les six lettres ajoutées par l'arabe. Chaque lettre porte un nombre ; il existe deux répartitions, orientale et maghrébine, qui diffèrent pour six valeurs. L'idée de compter avec des lettres remonte aux Grecs. À retenir : les formes des lettres ont changé de Tyr à La Mecque ; leur ordre a traversé trois mille ans. Sources : M. Macdonald 1986 et 1992 ; J. Thomann 2018 ; S. Chrisomalis 2010.


4. Pourquoi nous publions nos échecs. Une hypothèse qui ne peut pas échouer n'apprend rien. Depuis 2026, chaque test est déposé avant d'ouvrir les données : la question, la méthode, la prédiction et le seuil d'abandon, avec une date et une empreinte numérique. Le résultat, quel qu'il soit, est publié ensuite. C'est le modèle du « rapport enregistré », adopté par de nombreuses revues scientifiques. Une épreuve sur les chiffres brāhmī a réussi (juillet 2026) ; une autre prédiction ne s'est pas vérifiée, et nous l'avons publiée telle quelle ; un tableau de mars 2026 a été retiré après contrôle. Une épreuve réussie soutient une hypothèse ; elle ne l'établit pas. Tout est sur la page « La recherche ».

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